Je peins les gens chez eux. J’emprunte leur apparence à mes modèles ; je l’emporte dans cet atelier secret où personne ne pénètre, pas même moi.
Placés sur une scène désaffectée, sobre lieu de retraite, mes acteurs méditent leur condition. Mes peintures sont des memento mori. "Le pauvre pêcheur" (1881) de Puvis de Chavannes résume mes préoccupations picturales : composition ascétique, matière terreuse, couleur rabattue. Mon "atelier" mobile est constitué d'un chevalet et d'une boîte de matériel ; ma palette se compose d'un blanc de titane, d'un bleu outremer, d'une terre d'ombre brûlée, d'un ocre jaune et d'un jaune de cadmium, d'un jaune de Naples et d'un ocre rouge, d'un rouge vermillon, parfois augmentée d'un bleu cobalt et d'un rouge carmin. L'éxécution de chaque tableau dure un mois environ à raison de plusieurs heures de travail par jour. Pendant les séances de pose, le modèle est actif. Toutes les décisions - depuis la direction du regard jusqu'au choix du titre - se font en commun, même si, à la fin, c'est la composition qui décide. Lorsque je ne peins pas, je dessine ou regarde des peintures. La fréquentation des musées, des expositions me ramène à mon labyrinthe ; je me perds et je me retrouve, comme dans les natures mortes de Morandi qui sont les variations d'un même univers intérieur. Tout l'oeuvre de Giorgio Morandi (1890-1964), les métopes du Temple de Zeus à Olympie (-470 -460) et "Les Ménines" (1656) de Diego Velazquez, sont les points fixes de mon horizon plastique. Paris, le 31 décembre 2007 |
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"Le pauvre pêcheur" |
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Puvis de Chavannes |
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"Nature morte" |
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Giorgio Morandi |
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Métope du temple |
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de Zeus à Olympie |
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"Les Ménines" |
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Diego Velazquez |